La gestion des Véhicules Hors d’Usage (VHU) est l’une des filières industrielles les plus anciennes de France, organisée bien avant que la notion de Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) ne s’impose comme un standard législatif. La loi AGEC de 2020 en a pourtant profondément changé les règles, plaçant constructeurs, importateurs et opérateurs de traitement face à des obligations nouvelles et à des échéances précises. Vous allez pouvoir découvrir tout de suite le cadre réglementaire actuel, ses exigences concrètes et les enjeux qu’il soulève pour l’ensemble des acteurs de la filière de collecte et de traitement.
Le cadre de la REP VHU reconfiguré par la loi AGEC
Les obligations REP des constructeurs automobiles : des changements depuis 2024 pour une filière ancienne
La filière REP véhicules hors d’usage présente la particularité d’avoir été organisée dès 2006 à la suite d’une directive européenne, bien avant la généralisation des différentes filières REP portée par la loi Anti-Gaspillage Économie Circulaire (AGEC) de 2020. Cette loi en a toutefois reconfiguré le périmètre, puisque depuis janvier 2024, les constructeurs et importateurs de voitures particulières, camionnettes, deux-roues motorisés et quadricycles sont formellement assujettis à la REP.
L’enjeu est considérable puisqu’environ 1,2 million de véhicules arrivent chaque année en fin de vie en France, cela représente des dizaines de milliers de tonnes de matières dangereuses susceptibles de polluer les sols et les nappes phréatiques si leur traitement échappe aux circuits légaux.
La persistance d’une filière illégale comme principal défi opérationnel
Il faut savoir d’après les estimations que plus d’un d’un tiers des VHU traités ou exportés irrégulièrement disparaissent chaque année de la filière légale de traitement, un phénomène que la Commission européenne évalue à environ 4 millions de véhicules à l’échelle européenne.
La réforme REP a été pensée pour y remédier, et ce en imposant une contractualisation systématique entre producteurs et opérateurs de traitement, rendant la traçabilité de chaque véhicule obligatoire tout au long de la chaîne. La lutte contre les épaves abandonnées en outre-mer fait l’objet de dispositions spécifiques, dont une prime au retour applicable depuis 2024 pour orienter les détenteurs vers les circuits agréés.
La REP automobile : une filière structurée autour de deux voies complémentaires
L’éco-organisme Recycler Mon Véhicule et les systèmes individuels agréés
Pour satisfaire leurs obligations REP, les producteurs de cette filière automobile de valorisation ont l’occasion d’adhérer à l’éco-organisme Recycler Mon Véhicule agréé en avril 2024 jusqu’au 31 décembre 2029 — premier éco-organisme REP des VHU de ce type en Europe — ou obtenir un agrément en tant que système individuel auprès du ministère de la Transition écologique.
Plusieurs constructeurs majeurs soumis à la REP VHU ont opté pour cette seconde voie, en obtenant leurs agréments respectifs, à savoir :
- Stellantis ;
- Toyota ;
- Nissan ;
- Iveco ;
- SAIC Motor.
Ce découpage actuel contraint les centres VHU et broyeurs du territoire à multiplier les contractualisations marque par marque, les opérateurs indépendants sont ainsi fragilisés au profit des réseaux déjà intégrés aux constructeurs.
Une évolution du statut des opérateurs de traitement
Depuis le 1er janvier 2025, les centres VHU doivent être classés au titre de la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement, en substitution de l’ancien système d’agrément préfectoral. Une interdiction de mise en décharge des résidus de broyage non métalliques non triés est entrée en vigueur en parallèle à la même date, elle impose aux broyeurs d’investir dans des équipements de tri post-broyage (cribles, séparateurs optiques, tables densitométriques, etc.). Ces évolutions réglementaires simultanées génèrent une charge de mise en conformité significative pour les opérateurs dont les marges restent étroites.
Des objectifs de performance ambitieux sur une trajectoire pluriannuelle
Des taux de valorisation et de réutilisation progressifs jusqu’en 2028
Cette REP des véhicules usagés fixe des seuils chiffrés de recyclage et de valorisation des matières VHU qui s’échelonnent jusqu’en 2028 : 85 % de réutilisation et de recyclage et 95 % de valorisation globale, auxquels s’ajoutent des objectifs de réutilisation des pièces fixés à 8,5 % en 2024, 10 % en 2026 et 16 % en 2028.
Sachez que des cibles spécifiques encadrent également la valorisation matière des plastiques et du verre issus du traitement, avec des paliers de 65 % puis 70 % pour les plastiques et de 50 % puis 65 % pour le verre d’ici 2028.
Qu’en est-il des deux-roues et quadricycles ? En la matière, les objectifs de réutilisation des pièces sont encore plus exigeants, atteignant 40 % en 2028, cela nécessite un développement significatif de la pièce de réemploi.
Les enjeux stratégiques liés à l’éco-conception et à la transition électrique
Au-delà de la conformité déclarative, la REP VHU pousse les constructeurs à intégrer les contraintes de fin de vie dès la phase de conception des véhicules, notamment sur le choix des matériaux et la facilité de démontage. L’accélération de la transition vers les véhicules électriques introduit par ailleurs de nouveaux défis techniques pour la filière, en particulier le traitement des batteries de traction dont les procédés de recyclage restent encore en cours de structuration industrielle. La Commission européenne a adopté en décembre 2025 un accord provisoire sur un règlement visant à réformer le cadre de conception des véhicules et la gestion de leur fin de vie, dont les dispositions devraient s’ajouter aux obligations nationales dès 2026.
